Mercredi 22 juin

En cette matinée, il est prévu que j’emmène Madeleine visiter Boulbon, toujours assez tôt à cause de la chaleur. Cette fois-ci, ma chercheuse est à l’heure et, après son petit déjeuner copieux, nous partons dans ce village voisin qui vient de fêter son millénaire. Rendez-vous est pris, toujours devant la mairie, à 10h00. Je lui fournis un petit opuscule sur cette cité, au cas où elle se perdrait…

De retour vers Barbentane, chemin faisant, me vient un début de poésie pouvant immortaliser cette aventure. Je décide d’honorer ma chercheuse bien aimée du surnom de ‘Tempête’ parce qu’il rime avec ‘Charrette’ et qu’elle mérite amplement un tel sobriquet. Après quelques tâtonnements, je trouve :

La face sud du château de Boulbon

Soyons franc, je suis content de moi et, au moins, je peux rire tout seul de mes mésaventures. J’ai invité mon fils à venir manger ainsi il pourra parfaire son anglais. Après les courses habituelles, à l’heure dite, je le récupère et nous voilà partis à Boulbon prendre un café. Nous sommes en avance, et à la terrasse du troquet, il faut bien satisfaire sa curiosité. C’est facile, car à cet instant, Tempête passe près de nous, stoïque sous la chaleur, en short blanc presque transparent, son tabouret à la main, sa démarche comme décrite l’empêchant de nous voir, elle nous rase de près comme un ‘toro’ cocardier. Il était inévitable que mon fils se gausse de moi, ce qui est fait sur-le-champ. J’ai beau prêcher ma bonté naïve, la pureté de mes sentiments, il se moque franchement...

A l’heure précise, nous récupérons Tempête devant la mairie, mais elle n’est pas d’accord pour monter dans mon carrosse sous prétexte que mon fils est à mes cotés, il faut qu’il monte à l’arrière. Brave garçon, il s’exécute sans trop protester. De plus, notre Diva, me demande de passer par la colline parce que le paysage lui plaît. Là, plus de doute, il faut que j’améliore mon poème pour la ridiculiser et surtout le divulguer, rançon de toute célébrité...

En arrivant au mas, je me mets tout de suite aux fourneaux, car j’ai prévu de faire rôtir un poulet. D’autre part, mes adorables voisins m’ont donné des haricots verts tout frais que, mon fils et moi, nous équeutons aussitôt. Avec des pommes de terre nouvelles, le repas s’annonce estival. Par contre, comme notre Diva n’aime pas le vinaigre, il faut faire la sauce au citron...

Le château de Boulbon vue de l'ouest

Midi sonnant, Tempête arrive immédiatement devant son couvert et à la vue du poulet manque de se pâmer ! Nous la regardons très surpris et à mon grand ébahissement, elle nous raconte qu’elle n’a jamais vu un poulet aussi appétissant ! Heureusement que mon fils est assis, sinon il serait tombé ; moi, plus accoutumé, je reste impassible devant de telles stupidités. Mais alors, quel appétit, le poulet était beau, elle en mange la moitié. Les haricots et pommes de terre excellents, elle en ingurgite une très bonne part. Quand mon fils voit la façon dont elle dépouille le fromage de chèvre, il craque, et lui signifie que c’est du gaspillage de le traiter ainsi ! Le repas avalé, je pars faire ma sieste quotidienne...

Nous avons prévu en fin d’après midi, de ramener mon fils chez sa mère, de repérer l’endroit où la Charrette serait garnie le lendemain, de faire en voiture le circuit qu’elle emprunterait dans le village puis Madeleine irait ensuite prendre des repères dans l’église en vue des vêpres du lendemain...

Tout va pour le mieux jusqu’au moment où elle est devant le hangar où les Amis de la St Jean vont garnir la Charrette. Là, encore une fois, elle ne me croit pas ! Il faut que je demande à une jeune fille qui passe par-là, pour que cela soit crédible. Énervé, je m’approche de la jeune fille et je lui dis ‘dites à la personne un peu niaise qui est là, qu’ici, demain, on garnira la Charrette, parce qu’elle ne me croit pas !’. J’avoue que cette fille me regarde avec des yeux tout ronds, mais comme j’ai sorti mon grand sourire, que nous ne paraissons pas agressifs, que finalement le mieux à faire est de répondre oui, elle va vers Tempête et lui dit ‘oui, madame, c’est ici qu’ils travailleront demain’ d’une voix très douce et finalement assez convaincante. Tempête est ravie, moi beaucoup moins. Alors, pour me venger, je fais le tour du village en empruntant l’itinéraire exact du surlendemain, en lui disant tout le long du parcours ‘je ne sais pas par où ils vont passer, ils changent souvent !’, Et je l’abandonne sur le cours avec un rendez-vous à 20h00 devant l’Office…

Je file ensuite chez Christine notre irremplaçable secrétaire de l’Office, pour prendre des nouvelles de sa fille qui s’est fait mal et lui raconte mes désillusions Étasuniennes. Elle rit franchement de mes déboires et me promet d’écouter avec bienveillance les récriminations qu’inévitablement Tempête va lui faire à mon égard, car cela fait deux jours qu’elle cherche à la joindre avec mon téléphone…

Le moulin Bonnet à Boulbon qui a repris du service

et qui nous livre une farine d'une excellente qualité

La Mairie de Barbentane, avec sa statue de la vierge (classée), son horloge et son campanile

ancien hôtel du baron de Chabert, Louis XIV y passa une nuit

Elle me dit que Tempête s’est aussi précipitée à la mairie lundi après-midi pour les mêmes raisons qu’à la Police Municipale. Depuis, Virginie notre délicieuse et ravissante hôtesse d’accueil, pilier indispensable du personnel municipal, était en train de me demander un visa pour Boston ! Je lui dirai, à l’occasion, que ce n’est pas gentil de se moquer des braves gens très naïfs…

Je remonte ensuite au village et vais prendre mon verre de ‘PAC' (boisson locale non alcoolisée) à l’eau à la terrasse de mon café adoré. Hélas, personne pour m’accompagner et, tout seul, à la terrasse où il est impossible de ne pas me voir, Tempête passe deux fois presque devant moi sans me repérer, mais là je sens qu’elle le fait exprès, je dois la choquer ‘How shocking’ !

A l’heure dite je récupère mon fardeau et, ne vous inquiétez pas, elle tient bien sa place à table. Par contre, point de discussion, nous n’échangeons que des banalités. Mais, quand même, il se passa un truc pas banal. Il restait un peu du poisson de la veille, et je lui demande si elle voulait le finir, d’accord me dit-elle mais froid. Pourquoi pas me dis-je, ce n’est pas fameux pour un français mais peut-être délicieux pour un palais d’Outre-Atlantique.

Elle convient dès la première cuillère que les français avaient bon goût et me demande de lui faire réchauffer le plat. Je me sers pour ce faire d’un four à micro-ondes, mais dès les premiers bruissements de l’ustensile, elle prend son assiette, ses couverts et file comme un bolide dans la pièce attenante à la salle à manger et qui me sert de bureau. J’en reste baba ! Au départ, je ne comprends pas très bien ce qui se passe, mais dès-que la sonnerie de fin de cuisson retentit, elle revient et, en me montrant du doigt le four à micro-ondes, elle dit ‘cancer’ ! J’avoue être resté un peu sur les fesses, mais que faire face à une telle situation ?

Les ressorts de nos discussions étant brisés, après le repas chacun s’en va de son côté...

Barbentane, la "Coquille"

Un petit moment après, Tempête revient et commence à fouiller partout, je lui demande ce qu’elle cherche, elle me dit être en quête d’une bassine pour laver son linge car le lavabo de sa salle de bain n’est pas hermétique. Je lui signale que j’ai une machine à laver, mais elle insiste pour le laver à la main, alors je lui montre ma buanderie et lui dit qu’elle est toute équipée pour répondre aux besoins susnommés et que c’est même étudié pour. C'est un déluge ! En effet, le mas est en système autonome pour l’eau, en clair, si tu veux de l’eau il suffit de planter un tuyau, de mettre un moteur avec un ballon pour la pression, et surtout d’avoir l’indispensable fée électricité. Donc, le moteur s’époumone pour satisfaire ses besoins de nettoyage. Après, la grande bassine à la main pour quelques bricoles toutes mouillées, elle monte aux chambres…

Ayant le pressentiment d’une catastrophe, je la suis de quelques secondes et là, tranquille, elle étend son linge tout dégoulinant sur mon parquet ! Grosse colère, je lui montre avec force engueulade l’installation adéquate pour faire sécher le linge !

Mais c’est qu’elle ne veut pas la tigresse, alors usant de persuasion toute masculine, je lui signale que si son linge n’est pas sur l’étendage, il file aussi sec par la fenêtre !

Barbentane, la fontaine du Cours

D’autre part, je remarque qu’elle n’a pas pris la chambre que je lui avais attribuée mais la chambre voisine, je lui demande pourquoi ? ‘Elle me plaisait’ me répond-elle ! Je lui dis que si elle veut, elle peut aussi se servir de mon compte en banque, pourquoi se gêner ? Je remarque aussi un étalage de verres sur la petite table et quelques autres à côté du lavabo, huit au total, dont un avec de l’eau et deux brins de lavande sèche. Un peu surpris, je lui demande si elle commence une collection et pour quelle raison mettre des brins de fleurs séchées dans un verre à boire ? Elle bredouille des trucs vaseux, je ramasse promptement les verres, sales d’ailleurs, et je fais deux voyages pour les déposer dans l’évier...

Une demi-heure après, ma Tempête, dans son accoutrement habituel se pointe, pour sa douche du soir. Elle campe dans le salon et au bout d’un moment je comprends qu’elle attend que j’aille mettre la chaudière en route pour aller se laver. Je lui confirme ostensiblement qu’elle commence sérieusement à m’énerver et lui dis de surtout bien nettoyer la douche car j’irai vérifier. Mais, auparavant, je lui montre le bouton pour éteindre la lumière de l’escalier qui est resté, comme d’habitude, éclairé. Mes remontrances commencent à payer, la douche est nickel, comme quoi !

Barbentane, le plus beau village de l'Univers

Tempête,

La reine des Charrettes

CHRONIQUES VILLAGEOISES

TEMPÊTE SUR LA ST JEAN

BARBENTANE 2005