Jeudi 23 juin

Après un petit déjeuner copieux et plein de vaisselle sale, ma Tempête est prête à 8h00 pour aller assister au garnissage de la Charrette.

Dès notre arrivée, les Amis de la Confrérie de Saint Jean me demandent en chœur ‘tu repars avec au moins… Et non, je vous la laisse jusqu’à 10h00, le temps de faire mes courses, mais juré, promis, je reviens la chercher’. Ils ne semblent guère emballés, mais ils n’ont pas le choix, pauvres hommes…

Tempête en admiration devant le travail des "bouqueteurs"

Après quelques courses, comme promis, je reviens à 10h00 pour reprendre ma supposée chercheuse, mais impossible de la déloger de son tabouret ! Madeleine les yeux écarquillés, ne cesse de regarder les hommes qui, la chaleur aidant, suent à grosses gouttes, insensibles aux moustiques qui pullulent dans les genêts, elle est, j’en suis sûr, en train de prendre son pied !

Sa voix est encore plus aiguë que d’habitude, ses jambes croisées très haut, le visage légèrement rougi, c’est un très beau spectacle ! Étant très sensible aux bonheurs des Dames, je laisse ma jouisseuse à ses plaisirs, sachant pertinemment que quelqu’un finira bien par me la ramener. Effectivement, vers 11h30, mon voisin s’est sacrifié...

Le repas est vite préparé, nous avons fini les haricots verts et le poulet. Avant d’attaquer ma vaisselle digne d’un trois étoiles, je fais ma sieste habituelle car la journée s’annonce longue.

A 16h00, Tempête revenue de ses émois, est prête à monter au village...

La Carreto Ramado en tout début de garnissage

Tenue américaine de rigueur, pantalon blanc presque transparent, grosse culotte malgré ses petites fesses, polo bleu de France, foulard autour du cou et casquette de base-ball aussi bleue que son polo, tabouret indispensable à la main, elle est prête à faire la fête. Par malheur, mon voisin lui a dit que les essais de la Charrette démarreraient à 18h00, elle veut partir maintenant pour ne pas les rater. J’ai beau lui dire, qu’en Provence, les heures annoncées n’ont qu’une valeur très relative, qu’aucun mouvement n’aurait lieu pendant les grosses chaleurs et qu’on avait bien le temps de partir. Malgré une grosse crise, rien n’y fait, je n’ai pas cédé. Elle se jette alors sur mon téléphone et commence à ameuter tout le monde, mais je ne sortirai pas du mas par 40° à l’ombre, sauf s’il y a le feu !

Le garnissage des roues

Au bout de plusieurs minutes, elle ‘sort dehors’ (Provençalisme courant, mais au moins très concret !) malgré sa peur maladive du chien du voisin en m’indiquant que quelqu’un va venir la chercher. Pas gêné par cette initiative, je reste tranquillement à la maison et m’absorbe dans mon travail informatique et là, malgré un premier dépannage, mon disque dur agonise ce qui me met passablement en colère...

A 18h00, je ne peux que constater que Tempête a disparu, et je monte tranquillement au centre ville en laissant ma voiture sous le village. Passant par la rue qui donne accès à notre splendide château de Barbentane, ‘le petit Trianon de la Provence’, ‘Le plus Italien des Châteaux Provençaux de la Renaissance’, je m’arrête à l’atelier ‘Créa-Passion’ pour saluer des collègues qui y tiennent une exposition...

Je file ensuite à l’Office de Tourisme pour voir Christine qui est furax ! Au troisième coup de téléphone me dit-elle, j’ai dit à Tempête qu’elle me gonflait, que j’avais raison de ne pas m’affoler pour monter au village, que de toute façon rien ne se ferait avant 19h00 et qu’elle ferait bien de monter au village à pied ! Là-dessus, elle me demande de m’occuper de la charmante Laurie qui va venir faire des photos du feu de la St Jean sur la place de l’église. D’accord, lui dis-je, d’autant plus que, depuis 6 mois, j’avais réservé une fenêtre au premier étage sur la place de l’église chez mon ami François pour justement faire lesdites photos.

A 19h00 je récupère mon fils car nous avons décidé d’aller au restaurant ensemble et, juste avant de rentrer au restaurant, la Charrette passe pour effectuer ses essais. Comme quoi, confirmant mes prévisions, il n’y avait vraiment pas de quoi s’affoler !

La Carreto prend forme

Après un bon petit repas et une délicieuse discussion avec mon fils, nous sommes sortis pour attendre Laurie qui devait nous rejoindre à cet endroit. Notre patience n’étant pas éternelle, au bout d’un moment, nous nous sommes séparés, moi montant sur la place de l’église à mon affût photographique, mon fils plus directement vers ses collègues au bistrot...

Quand j’arrive chez François, il me dit qu’une femme lui a aussi demandé de profiter de sa fenêtre ! Tempête a encore sévi, ce ne peut être qu’elle ! Je lui fais une rapide description et il me dit : ‘c’est ça’ !

Après 6h00 de dur labeur, la Carreto est presque prête

Alors, fin stratège, je lui dis que j’ai obligation par l’Office de garder une place pour un photographe professionnel, que j’ai réservé depuis plus longtemps que Tempête, qu’avec ses ‘photos mentales’ n’importe quelle place est excellente, que les problèmes de lumière lui sont inconnus, que sa fenêtre est trop petite pour trois personnes, qu’il aurait droit à une bouteille de bon vin s’il ne faisait pas rentrer Tempête, et que sais-je encore. Abasourdi par ma véhémence, il abandonne sa proposition et je lui suggère de dire à Tempête, quand elle se montrerait, que la place était prise depuis longtemps et qu’il regrettait de ne pouvoir la lui donner. Sur ces entrefaites, arrive Laurie accompagnée d’une aussi charmante dame bien que légèrement plus âgée. Je la présente à François et elle nous demande si sa maman, moi qui croyais que c’était sa sœur aînée, pouvait nous accompagner ? François est d’accord et moi plus que ravi...

Après une installation photographique assez laborieuse car nous savons par expérience qu’avec nos appareils numériques même très évolués cela allait inévitablement faire des ‘bougés’ avec le peu de lumière qu’il y aurait, pour détendre l’atmosphère et entretenir la bonne humeur, j’entreprends de raconter mes mésaventures Étasuniennes. Honnêtement, sans forfanterie, j’ai un certain succès...

C’est dans une ambiance joyeuse que nous travaillons toute la soirée. Au final, j’ai réussi de belles photos et j’attends de voir celles de Laurie pour comparer...

Après le feu, nous descendons sur la place pour rendre les clés de l’appartement où nous étions installés et là, juchée sur un escabeau en aluminium assez haut, Tempête, casquette vissée sur la tête, trône. Comme prévu, Laurie et sa maman regardent de très près le phénomène mais, hélas, elles ne peuvent rester et s’éclipsent...

L'équipe au grand complet pose devant son travail bien fait

Tempête, tabouret et escabeau en main, est en grande discussion avec Bernadette une dame que je connais et je présume qu’elle doit lui raconter ses pseudo malheurs. Je file ensuite chez mes parents car leur maison surplombe l’aire d’où est tiré le feu d’artifice, rituel que j’ai prévu de photographier...

Le feu de la St Jean

Là, une partie de la famille est déjà installée et nous rions bien à mes dépens grâce à Tempête. J’avoue humblement que toutes les photos du feu d’artifice ont été loupées, mais ce n’est pas grave, c’était juste pour essayer (grand avantage du numérique, les photos ratées ne coûtent rien)...

Je dois ensuite récupérer mon phénomène devant l’Office, mais en passant devant la mairie, je suis fortement hélé. Virginie, notre sémillante hôtesse d’accueil; me signale en se poilant que ma chérie est en transe et s’est réfugiée dans l’hôtel de ville. Il est vrai que j’ai pris un peu de retard chez mes parents, pas de quoi se retourner les sangs, mais avec Tempête allez savoir ce qui se passe…

La place de l'église avant le feu

Alors, Tempête me suivant comme un toutou à quelques mètres de distance, nous allons par des chemins inhabituels pour elle, récupérer ma voiture et rentrer...

En arrivant, je lui propose de mettre tout de suite la chaudière en route et de se dépêcher pour se laver. ‘Non, pas de douche ce soir, je vais directement me coucher’ me dit-elle. Bof, après tout, elle est sûrement très fatiguée.

Barbentane, le plus beau village de l'Univers

CHRONIQUES VILLAGEOISES

TEMPÊTE SUR LA ST JEAN

BARBENTANE 2005