BARBENTANE

en novembre 1918

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Mitrailleurs belges en position dans la ville d'Audenargue en Belgique

Le front de l'ouest en novembre 1918

Prisonniers turcs en Mésopotamie

Spartakistes patrouillant dans les rue de Berlin

Officiers britanniques et turcs à Mossoul en Mésopotamie

Clairons belges s'entraînant à sonner le cessez-le-feu

Mitrailleurs belges dans la ville de Gand

En Alsace, l'armée allemande repasse le Rhin pour rentrer au pays

Fantassins français sur une des rives de la Meuse

Novembre 1918 dans le Monde en Guerre

La Grippe Espagnole. Pour la France et la Grande-Bretagne, octobre a été le mois de propagation de la seconde vague de la maladie. C'est donc en novembre, en raison des infrastructures sanitaires débordées, qu'on enregistre le plus grand nombre de décès. Pour les autres pays d'Europe, la période de propagation de la maladie s'étend de mi-octobre à mi-novembre, celle des morts, de mi-novembre à mi-décembre. Mais dans les faits, la contagion de la grippe entame vraiment sa décroissance. Après les armistices du 4 novembre en Italie, puis du 11 novembre en France, le sujet passe à l'arrière plan dans les journaux. D'ailleurs, l'Humanité titre le 13 novembre "La grippe est en déroute ainsi que les Boches". Un premier bilan, très grossier est pourtant fait, il est supérieur à 6 millions de morts, dont au moins 3 en Inde. Toutefois, aucun journal ne se risque à faire un bilan en France, même pas à Paris, tant la crainte de voir ressurgir la maladie est grande. Après une demande de temporisation du général italien Pietro Badoglio afin d'informer les Alliés, l'accord de cessez-le-feu est enfin signé le 3 novembre à 15h00. Par cette signature, l’armistice n'entrera en vigueur que 24h après, soit le 4 novembre 1918, à 15 heures. Cet armistice renvoie aux futures négociations de paix la résolution des différends entre Serbes et Italiens dans les Balkans.a Il se contente d'exiger l'évacuation des territoires mentionnés dans le traité de Londres du 30 mai 1913 (en fait tous les territoires qui n'étaient pas Austro-Hongrois au début du conflit). Il fixe des conditions strictes au désarmement : dissolution de l'armée, remise de tout le matériel militaire et des navires de guerre aux Alliés. Il permet le droit de passage des troupes alliées en direction du Sud de l'Allemagne. C'est cette clause qui a généré des tensions entre Charles Ier et ses militaires, car il avait donné au Kaiser l'assurance qu'il s'opposerait à toute traversée des territoires autrichiens par des troupes alliées. Mais les responsables militaires souhaitent un armistice immédiat, d'où son acceptation. Le 4, à 12 heures, Armando Diaz publie le fameux communiqué de la victoire (Bollettino della Vittoria) "La guerre contre l'Autriche-Hongrie que l'armée italienne, sous la direction de Sa Majesté le Roi, Guide Suprême, inférieure en nombre et en moyens, débuta le 24 mai 1915 et qu'avec sa foi inébranlable et sa valeur tenace elle mena de manière ininterrompue pendant 41 mois, est gagnée... Les restes de ce qui a été l'une des plus puissantes armées du monde remontent en désordre et sans espoir dans les vallées qu'elle avait descendues avec une orgueilleuse sûreté"(1)...

Manifestation révolutionnaire à Berlin

Évacuation des derniers blessés à Arras (photo colorisée)

Soldats italiens fêtant l'armistice sur le front austro-hongrois

Infirmières britanniques tentant de se protéger de la grippe espagnole

Soldats français en parade dans une rue de la Lorraine reconquise

Soldats US dans les ruines de la gare de Challerange dans les Ardennes

Tank Mark IV 'prisonnier' des Allemands

Soldats US victimes de la grippe espagnole à Aix-les-Bains

Délégation alliée devant le wagon de l'armistice à Rethondes

Soldats français franchissant la Meuve vers Sedan

État-major australien à Cambrai

Cimetière US dans le bois de Consenvoye dans la Meuse

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Parade des soldats canadiens à Mons le 11 novembre

Un tank britannique sagement garé sur le front

C'est l'Écho de novembre et décembre 1918 qui relate les évènements de novembre à Barbentane...

Quelques vainqueurs tout sourire (photo colorisée)

Char Renault dans une rue de Strasbourg à la fin du mois

Soldats US sur la place Stanislas à Nancy

Soldats africains aux pieds amputés pour cause de guerre

Distribution de colifichets par des infirmières de la Croix Rouge

La Paix dans le Monde.

La Paix sur le Front Italien. A Padoue, plus exactement à la villa Giusti dans le faubourg de Mandria, la situation est confuse. La délégation austro-hongroise n'a pas vraiment les pleins pouvoirs pour négocier et doit envoyer des émissaires à Trente pour prendre de nouvelles instructions. Même à Vienne rien n'est vraiment tranché entre Charles Ier et ses militaires. Alors, devant la situation catastrophique des armées, les militaires ordonnent au général autrichien Viktor Weber Edler von Webenau de signer l'armistice le plus rapidement possible...

L'Armistice de Rethondes. Le 5 novembre, à 6 heures du matin, le caporal Maurice Hacot, affecté au centre radiotélégraphique de la tour Eiffel reçoit un message en morse émis de Spa en Belgique. Il s'agit de la demande d'armistice de l'état-major allemand. Il transmet le message à son supérieur, le colonel et ingénieur télégraphique Gustave Ferrié. Ce dernier s'empresse de prévenir le Grand Quartier Général du généralissime Foch au château de Bombon dans la Seine-et-Marne. Immédiatement, l'état-major se met en quête d'un lieu isolé capable d'accueillir deux trains : un pour les Alliés, l'autre pour les Allemands. Une ancienne position désaffectée de tir d'artillerie sur rail est redécouverte un peu par hasard dans une futaie de la forêt de Compiègne. Elle abrite deux courtes voies ferrées parallèles, ce qui convient parfaitement, car elle est proche de Rethondes dans l'Oise tout en étant assez discrète pour permettre des discussions loin des regards. La gare de cette localité rend possible le ravitaillement en eau des locomotives qui sont en permanence maintenues en chauffe. Les journalistes sont tenus volontairement à l'écart. Un chemin en caillebotis est installé entre les deux trains pour permettre les déplacements des plénipotentiaires(2). Le 7, c'est le caporal Pierre Sellier qui est le premier clairon à sonner le premier cessez-le-feu depuis 1914. A ce moment là, Matthias Erzberger, qui représente le Gouvernement allemand, reçoit l’autorisation de traverser la ligne de front à Haudroy sur la commune de La Flamengrie dans l'Aisne. Il est accompagné d’un autre civil et de quelques militaires. Ils sont immédiatement dirigés vers la villa Pasques, sise à la bourgade de La Capelle. Désigné par Foch, c'est le commandant François de Bourbon Busset qui se charge de les accompagner. Rapidement, 6 voitures quittent La Capelle, traversent la zone dévastée du Nord de la France, par Homblières et Saint-Quentin, pour se rendre au lieu de rencontre jusque-là tenu secret. Là, les deux trains, celui du maréchal Foch et un train aménagé pour la délégation allemande, sont en place. Les plénipotentiaires allemands sont immédiatement reçus par Foch. Les Allemands lui demandent quelles sont ses propositions. "Je ne suis autorisé à vous les faire connaître que si vous demandez un armistice. Demandez-vous un armistice ?", répond le maréchal. Les Allemands se concertent avant de répondre par l'affirmative. Un texte leur est alors distribué, avec un délai de trois jours pour réfléchir. Durant ces trois jours, les Allemands n'ont en réalité que peu d'occasions de véritablement négocier. Ils doivent rapidement se plier aux conditions développées dans le texte qui leur a été soumis. Ce document avait été établi en dernier lieu par Foch, au titre de commandant suprême des forces alliées, après un mois de positions divergentes entre Wilson (USA), Clemenceau (France), Orlando (Italie) et Lloyd George (Grande-Bretagne). Le 9, Guillaume II est poussé à abdiquer. Le lendemain, Maximilien de Bade cède son poste de chancelier impérial à Friedrich Ebert, membre du parti social-démocrate d’Allemagne. Ce dernier, soucieux de signer la paix au plus tôt, demande à la délégation à signer l’armistice le plus rapidement possible. Le lundi 11 novembre 1918 à 5h00, dans le wagon restaurant du train du généralissime, sont présents pour les Alliés les généraux français Ferdinand Foch et Maxime Weygand son aide de camp, le colonel Jacques Eugène Pagezy et les amiraux britanniques Rosslyn Wemyss ainsi que George Hope ; sont présent pour les Allemands, Matthias Erzberger et Alfred von Oberndorff, les généraux Detlof von Winterfeldt et von Gruennel, ainsi que le capitaine de vaisseau Ernst Vanselow. Vers 5h15 l'armistice est signé...

Cet armistice, qui n'est pas encore la paix, stipule l'évacuation immédiate des territoires envahis et toujours occupés (France, Belgique, Luxembourg, Lorraine, Alsace, mais aussi la Roumanie, la Finlande, la Pologne ainsi que l'Afrique de l'Est). Cela doit être réalisé avant le 20 novembre. Une bande de 10 kilomètres sur la rive gauche du Rhin, de la Suisse jusqu'à la Hollande, doit être totalement démilitarisée dans les délais les plus brefs. Trois "têtes de pont" à Mayence, Coblence et Cologne, en fait les principaux points de passage du Rhin, doivent être confiés aux Alliés pour empêcher une reprise de la lutte par l’Allemagne. Pour l'instant, le blocus est maintenu en l'état. Tous les prisonniers de guerre alliés doivent être libérés le plus rapidement possible, les nouveaux prisonniers allemands auront un traitement à part. Par ailleurs, doivent être livrés aux alliés tous les navires de guerre armés, 160 sous-marins, 5 000 canons, 25 000 mitrailleuses, 3 000 mortiers, 2 000 avions, 5 000 camions, 5 000 locomotives et 150 000 wagons. Enfin, le gouvernement allemand doit renoncer au traité de Brest-Litovsk, signé avec la Russie ainsi qu’au traité de Bucarest, signé avec la Roumanie. Les dédommagements de guerre feront l'objet de discussions particulières. L'armistice est conclu pour 36 jours mais sera régulièrement renouvelé jusqu'au traité de paix signé à Versailles le 28 juin 1919...

Le cessez-le-feu est prévu pour le jour même, le lundi 11 novembre 1918 à 11 heures. Il doit être annoncé par tous les clairons, tant alliés qu'allemands, sur tout le front. Aussitôt des milliers de messages sont envoyés à toutes les unités combattantes, les aérodromes, les unités d'artillerie, tous les navires en mer ou à quai et aux sous-marins. Tous les moyens sont utilisés pour ces transmissions : télégraphes, téléphones, jusqu'aux pigeons voyageurs. Toutes les chancelleries du monde sont aussi informées, ce qui provoque dans toutes les capitales une profonde émotion. Dans les unités au contact de l'ennemi, tous les clairons qui ne connaissent pas cette sonnerie, et ils sont nombreux, sont formés à la va-vite. Dans les unités combattantes, la nouvelle se répand comme une traînée de poudre. Les officiers alliés font cesser immédiatement tous les combats en cours et demandent aux hommes de rester aux aguets, de ne tirer qu'en cas de nécessité absolue et de ne surtout pas se découvrir. Certains officiers allemands, très dépités, décident d'attendre 11h00 pour le faire. C'est ainsi que dans le village de Rœulx en Belgique, le soldat canadien George Lawrence Price à peine âgé de 25 ans qui vient d'apporter un bouquet de fleurs en tissu à une dame pour fêter la fin de la guerre, est tué à 10h58 d'une balle par un tireur isolé allemand. Il sera reconnu comme le dernier mort aux combats de la Grande Guerre(3)...

A 11h00 précises, comme ordonné par le traité signé dans la matinée, tous les clairons sonnent le cessez-le-feu et les officiers l'ordonnent. Après quelques secondes d'hésitations, les soldats commencent à se redresser et sortir de leur abri. Dans les positions françaises, de nombreux officiers ordonnent alors aux clairons de sonner "Au drapeau" et parfois la Marseillaise retentit spontanément ou sur ordre. Les soldats allemands se constituent prisonniers, ils sont rapidement désarmés et commencent à se rassembler afin d'être acheminés dans des camps. Les officiers allemands sont traités à part, ils doivent fournir aux alliés tous les renseignements dont ils ont besoin pour déjouer les pièges et assurer la protection des hommes qui prennent maintenant possession de leurs systèmes défensifs. Les accidents seront quand même nombreux. Si en Europe de l'ouest la Grande Guerre est maintenant terminée, elle se poursuit dans les Balkans et en Russie. D'autres guerres vont débuter dans une Europe qui n'est plus qu'un immense chaos...

La Paix de Belgrade. L'armistice de Belgrade sera signé le 13 novembre à 23h15 entre le gouvernement de Hongrie mené par Mihály Károlyi et les Alliés représentés par le général Louis Franchet d'Espérey. Si la Hongrie n'est pas militairement occupée, elle doit laisser la libre circulation des troupes alliées. La ligne de démarcation entre Hongrois et Roumains est fixée en Transylvanie. Le Banat est occupé par la Serbie. De nombreux dédommagements de guerre sont prévus pour les Serbes (matériels ferroviaires, fluviaux, de transports, téléphonique et télégraphique, etc...). La Hongrie s'engage à déminer le Danube le plus rapidement possible et de ne pas entraver la circulation des navires alliés...

Le Bilan de la Grande Guerre. Il ne peut être qu'approximatif, il est quasiment impossible de différencier les pertes aux combats, de celles par maladies ou blessures, même si les décès dus à la grippe espagnole sont parfois comptabilisés à part. Au total, sur les 941 millions de personnes touchées par la guerre, y compris les populations de certains pays neutres européens (Danemark, Norvège, Suède), on compte plus de 9,7 millions de morts militaires, plus de 8,8 millions de pertes civiles (y compris celles des génocides) et plus 21,2 millions de blessés. Il faudra attendre des années pour que l'on comptabilise aussi dans ces données les pertes africaines et asiatiques, car souvent les soldats issus des colonies ne sont pas comptés dans les pertes globales...

Dans le ratio tués, plus blessés, plus pertes civiles rapportés à la population globale du pays, c'est la Serbie qui est la plus touchée avec près d'un Serbe sur 3 victime de la guerre ; en seconde position l'Empire ottoman avec un Turc sur 4 victime de la guerre ; mais juste après c'est la France avec plus d'un Français sur 6 victime de la guerre (plus de 15%) ; bien après arrivent le Royaume de Roumanie, l'Empire Allemand et l'Empire Austro-Hongrois avec un habitant sur 10 victime de la guerre, la Grande-Bretagne (sans ses colonies) n'a été touchée que dans la proportion d'un Britannique sur 20 habitants...

 

Dans le monde Politique.

En France. Alors que la droite souhaite marcher sur Berlin afin d’y imposer la paix, Georges Clemenceau, Président du Conseil, préfère mettre fin au carnage, et accepte de mettre en place des pourparlers...

Le dimanche 10 novembre, lors des services religieux habituels, les officiants annoncent que des pourparlers sont en cours, que la guerre va cesser et que les Allemands sont vaincus, sans autre précision. Le lendemain, lundi 11 novembre il fait froid, mais il ne pleut pas. A 7h00 on relève -1° à Nantes et au Mans, 1° à Limoges, 2° à Paris, 3° à Clermont-Ferrand, 4° à Bordeaux, 7° à Brest, 9° à Toulouse et 12° à Marseille. A 11h00, toutes les mairies de France demandent aux églises de sonner à toute volée. Dans les villes, toutes les personnes au travail sortent des ateliers et se rassemblent dans la rue pour se ruer sur les éditions spéciales des journaux. Des rassemblements parfois impressionnants se forment et les soldats alliés qui ne cessent de passer sont chaleureusement applaudis. Dans toutes les villes qui en possèdent, les orchestres sont mis à contribution pour donner des concerts. Les musiques militaires alliées sont tout autant réquisitionnées pour faire sonner les fanfares. Partout, les clairons amateurs ou pas ne cesseront de sonner de toute la journée. Dans les villages, l'ambiance est plus calme. Le plus souvent les gens se réunissent dans les églises comme à Barbentane pour se recueillir en pensant à leurs morts. A la Chambre des députés, Clemenceau, après avoir lu le texte de l'armistice, glorifie les héros, morts et vivants, qui se sont donnés sans compter à la France "...grâce à eux, notre patrie, hier soldat de Dieu, aujourd'hui soldat de l'humanité, sera toujours le soldat de l'idéal". En réponse et dans un élan d'enthousiasme, la Chambre décrète que "les armées et leurs chefs, le citoyen Georges Clemenceau et le maréchal Foch, ont bien mérité de la patrie". Ce n'est que plus tard, quand tous les mobilisés reviendront que l'on fera vraiment la fête. Il faudra attendre la loi du 24 octobre 1922 pour que le 11 novembre soit déclaré jour férié en France...

Le 11, dans Toulouse en fête, l'industriel avionneur Pierre-Georges Latécoère dépose au greffe du tribunal de commerce les statuts d'une société d'exploitation intitulée "Compagnie Espagne, Maroc, Algérie ou CEMA". C'est une version à peine remaniée de son projet initial qui a été refusé par les responsables politiques parisiens. Le 14, le gouvernement allemand demande fermement au gouvernement d'inviter au calme les populations des provinces d'Alsace et de Lorraine, qui se montrent très hostiles à l'égard des soldats allemands qui rentrent au pays. Les présidents du Conseil de Grande-Bretagne et d'Italie sont attendus à Paris. Les ministres des Affaires Étrangères de ces deux pays sont déjà présents pour prendre connaissance des modalités de la future conférence de la paix qui se tiendra à Versailles à une date encore indéterminée. Le 15, Edward George Villiers Stanley dit Lord Derby, ambassadeur britannique à Paris rend visite à Stephen Pichon, le ministre français des Affaires étrangères. Après l'entrevue, les deux hommes d'État déclarent que l'alliance franco-britannique continuera à s'exercer dans la paix comme durant la guerre. Le 16, une instruction est ouverte en France contre les officiers allemands qui se sont rendus coupables d'exactions et d'autres crimes dans les régions occupées. Le 17, les premiers rapatriements massifs de prisonniers commencent à arriver en Suisse. Une circulaire signée de Georges Clemenceau, ministre de la Guerre, libère définitivement les classes 1887, 1888 et 1889 (les soldats âgés de plus de 30 ans), mais cela ne sera fait qu'à partir de février 1919. Le 19, les États-Unis font savoir officiellement que le président Wilson va venir en Europe. Il passera par la Grande-Bretagne avant de venir en France. Le 22, l'Assemblée Nationale rend un solennel hommage au président Wilson ainsi qu'aux gouvernements et armées alliés. Le 29, le roi britannique George V est chaudement accueilli à Paris par Georges Clemenceau, Paul Deschanel et Antonin Dubost. Le lendemain des toasts chaleureux sont échangés entre le roi George V et le Président Raymond Poincaré qui lance "Nous sommes unis à jamais" et reçoit pour réponse de la part de George V "J'offre l'hommage de mon respect à la nation française". A la fin du mois, la France s'installe à nouveau sur ses frontières d'avant la défaite de 1870...

Pour la France, le bilan de la Grande Guerre est terrible. Sur un total de 1 747 000 morts, soit plus de 10% de la population active, 958 000 ont été tués au combat, 355 000 à la suite de blessures, 175 000 pour maladie, 19 000 sont morts en captivité et 240 000 sont portés disparus. Sur les 3 595 000 blessés, 476 500 l'ont étés une fois, 179 750 deux fois et 100 000 3fois et plus, 56 000 sont amputés, 65 000 sont des mutilés fonctionnels, 1 100 000 sont invalides à plus de 10%. 210 000 civils ont aussi été tués. Cela représente près de 6 millions de personnes, soit plus de 15% de la population française. Beaucoup plus que l'Allemagne (10,3%) ou que la Grande-Bretagne (5,8%). Cela peut expliquer en grande partie le mouvement pacifiste qui va gagner le pays dans les années suivantes...

La Progression des Armées Alliées sur le Front Franco-Belge. Le 15, la France désigne Georges Maringer comme commissaire de la République à Strasbourg, Léon Mirman portera le même titre à Metz, et Henry Poulet, à Colmar. Le 17, Les chemins de fer d'Alsace-Lorraine sont rattachés à la Compagnie de l'Est. A partir du 19, les Alliés commencent leur marche en avant pour occuper les régions envahies qui sont maintenant vides d'Allemand. Les Britanniques franchissent la frontière belge pour se diriger vers la Hollande, partout les soldats sont accueillis avec enthousiasme. Dans l'est de la Lorraine, les Franco-Étasuniens s'installent à Écouviez, Carignan, Bouillon et Sedan. Ils traversent le Luxembourg pour s'arrêter à la frontière allemande. En Lorraine centrale, les Français dépassent rapidement Conflans, Mars-la-Tour, Audun-le-Roman, Briey, Gravelotte, Thionville, Forbach et prennent possession des forts ainsi que de la ville de Metz. Plus au sud, ils s'installent à Château-Salins, Morhange, Dieuze, Sarrebourg et Sarreguemines. En Alsace, par le col du Donon, Schirmeck et Villé sont rapidement dépassés et Strasbourg investie. Dans les Vosges, ils dépassent Sainte-Marie-aux-Mines et se dirigent vers Colmar. Le soir, le général Auguste Édouard Hirschauer fait une entrée solennelle à Mulhouse. Dans toute la Lorraine et l'Alsace les soldats français reçoivent un accueil émouvant. Dans la partie de la Lorraine occupée depuis près de 50 ans, on s'active pour enlever les indications en allemand et on francise de nombreuses localités. La vallée de la Fensch devient la vallée des 'Anges' (Knutange, Nilvange, Hayange, Florange, Hagondange, etc..). Pétain fait une entrée solennelle à Metz. Si en Alsace les noms des localités ne changent pas, on s'empresse quand même de franciser quelque peu les devantures des boutiques, les soldats qui arrivent ne comprennent que le Français et le commerce à ses nécessités. La rive gauche du Rhin est atteinte le 21 au soir. Le 22, c'est l'inauguration de l'Université de Strasbourg par Raymond Poincaré, président de la République, en présence d'une foule enthousiaste. Dans son allocution, le docteur Pierre Bucher francophile réputé, surnommé "l'âme de l'Alsace", décrit en termes sobres et émouvants la longue lutte de la France pour reconquérir la province "...dans le malaise qui pèse sur le monde, on est tenté d'oublier quels efforts la France a accomplis et quelle peine elle a eue pour reconstruire 'sa maison'... Les Alsaciens et les Lorrains sont fiers d'être Français". A Reichshoffen, à la pointe nord de l'Alsace, la population organise une cérémonie patriotique devant le monument élevé aux morts de 1870. A partir du 25, les premières villes frontalières allemandes comme Dillingen, Sarrebruck et Sarrelouis commencent à être occupées. Le 27, Pétain ainsi que le général Édouard de Castelnau font une entrée solennelle dans Strasbourg. Deux jours plus tard, Foch en fait de même...

La situation est plus compliquée en Belgique. Le 21, un régiment de cavalerie belge est envoyé à Malines et une brigade de cavalerie ainsi que des carabiniers bicyclistes belges arrivent à Bruxelles. Aussitôt, des dépôts de munitions explosent dans les gares du Nord et du Midi en mettant le feu. Adolphe Max, l'ancien bourgmestre bruxellois qui rentre de captivité, fait son entrée à l'hôtel de ville. Le 24, le roi Albert Ier rentre à Bruxelles à la tête de ses troupes ; il est accompagné de son épouse et de son fils. Les généraux Jean-Marie Degoutte et Henry Davignon représentent la France. La Belgique ne sera totalement libérée que le 30...

Durant toute cette période, les derniers prisonniers alliés qui stationnaient non loin du front, reviennent vers les troupes de libération. Parfois en guenilles, avec des blessures mal soignées, souvent affamés car certains n'ont pas vraiment mangé depuis plusieurs jours. Ils sont aussitôt pris en charge par les services sanitaires...

En Grande-Bretagne. Le 11 novembre, le Premier ministre David Lloyd George fait une déclaration aux Communes pour célébrer la victoire. Le 14, au Cabinet impérial de la guerre, les premiers ministres des colonies se réunissent afin d'examiner les problèmes de l'après-guerre pour tenter de trouver des solutions rapides. Le 16, s'ouvre la campagne pour les élections à la Chambre des Communes. Le 19, Lloyd George, le chef de coalition qui se représente, prononce un grand discours à Westminster, il décrit la gravité des problèmes d'après guerre et préconise d'importantes réformes sociales. Bonar Law, au nom du parti conservateur, soutient ces propositions. Le 22, le Bureau de la Guerre (War Office), indique que les pertes britanniques du conflit s'élèvent à 650 000 morts et plus de 2 millions de blessés...

En Belgique Occupée, puis Libérée. Devant les évènements révolutionnaires en cours en Allemagne, Guillaume II, qui est toujours au château de la Fraineuse près de Spa, ne veut pas rentrer à Berlin. Malgré les suppliques du gouvernement allemand, il ne veut pas abdiquer non plus. L'homme qui a fait tuer des millions de personnes sans s'en inquiéter vraiment, craint en fait pour sa vie et ne veut pas subir le même sort funeste que Nicolas II, l'ex-tsar de Russie, son cousin. Le 9, après avoir songé un temps à se réfugier en Grande-Bretagne, sur les conseils d'Hindenburg, il prend la décision de s'expatrier en Hollande. Comme un vulgaire émigrant, il est consigné à la frontière en attendant que le cabinet de la Haye prenne une décision sur son cas. Après la signature de l'armistice, le gouvernement provisoire du Conseil des commissaires du peuple ordonne au Kronprinz de rapatrier son groupe d'armées en Allemagne, ce qu'il se sent incapable de faire. Alors le chef d'état-major général Hindenburg lui ordonne de partir pour rejoindre son père aux Pays-Bas...

Le 14, des mutineries éclatent dans la troupe allemande entre soldats loyalistes et rebelles au camp de Beverloo à Bruxelles, mais aussi à Anvers et Liège. Cette guerre entre militaires fait une centaine de morts, dont de nombreux officiers. Des groupements de soldats révolutionnaires se forment à Bruxelles et Anvers. Des soldats pillards sont fusillés. Pour échapper à un sort funeste s'il tombe aux mains des soldats rebelles, le maréchal Rupprecht de Bavière ainsi que le baron Oscar von der Lancken-Wakenitz, gouverneur civil de la Belgique, demandent l'asile à l'ambassade d'Espagne à Bruxelles. Le 15, le roi des Belges, Albert Ier, annonce que le Parlement se réunira avant la fin du mois à Bruxelles. Le 18, en raison des troubles dans la capitale, la venue du couple royal est différée. Des rixes ont eu lieu à Liège entre civils belges et soldats allemands. Le 21, Albert Ier constitue un nouveau gouvernement provisoire et le 25, dans l'après-midi, il fait un grand discours à la Chambre des députés et déclare que le pays est de nouveau uni. Toutes les lois issues de la partition sont caduques...

En Italie. Chaque année, le 4 novembre, jour de l'armistice, les institutions italiennes célèbrent l'événement avec la Journée de l'unité nationale et des forces armées. Avant la fin du mois, le royaume annexe le Tyrol du Sud, en violant le principe de l’autodétermination dans la partie amont de ce territoire. Ses troupes occupent une partie de l’Istrie avec Trieste, ainsi que Fiume, Zadar, Sibenik et certaines îles en Dalmatie en vertu du traité secret de Londres de 1915. Aussitôt, le Conseil national de Zagreb fait appel au maréchal Foch pour dénoncer ces occupations...

Si l'occupation de Trieste, dont la population est à majorité italienne, ne pose pas de problème majeur, celle de Fiume (maintenant Rijeka en Croatie) à majorité slave va se révéler tragique. Des activistes créent un Comité National Italien et réclament le rattachement de la ville à l'Italie. Pour éviter que les tensions ne s'exacerbent entre population italienne et slave, la ville est occupée par des troupes alliées, en particulier françaises, qui se retrouvent rapidement en butte à l'hostilité de la population italienne qui accuse le gouvernement français de favoriser les intérêts yougoslaves dans les discussions de paix. Fin juin 1919, éclatent les Vêpres fiumaines, elles opposent les troupes italiennes dont un régiment des grenadiers de Sardaigne, à des troupes françaises du corps interallié. Des Français sont tués...

En Espagne. Les autonomistes catalans lancent une campagne pour obtenir un statut indépendant. Un plébiscite est organisé dans les municipalités catalanes, il donne 98% de réponses favorables à l'autonomie. Au Cortès, les députés de la région lancent alors la première grande réflexion parlementaire sur la réalité nationale de l'Espagne. Les débats sont très houleux. Le 16, le gouvernement rompt ses relations diplomatiques avec la Russie des Soviets qu'il accuse de menées révolutionnaires. Depuis quelques temps, le pays devient un placement financier pour les industriels allemands qui sont convaincus que la guerre est perdue...

En Hollande. Créé depuis 1909, le Parti social-démocrate (Sociaal-Democratische Partij, SDP), s'oppose depuis 1914 à l'entrée du pays dans la première guerre mondiale. Sous l'influence d'une partie de ses militants, il se transforme en novembre 1918 pour devenir le Parti communiste néerlandais (Communistische Partij Nederland ou CPN) et il adhère l'Internationale communiste après sa création en 1919. Il aura une durée de vie éphémère quand les communistes s'en sépareront pour créer le Parti communiste ouvrier des Pays-Bas en 1920...

Le 10, Guillaume II de Prusse arrive au château d'Amerongen, chez le comte Bentink et il est traité comme un officier supérieur interné. Le 11, au petit matin, il se réfugie au château d'Huis à Doorn. Il y restera jusqu'à sa mort à l'âge de 82 ans le 4 juin 1941 après 23 ans d'exil. Il est rapidement rejoint par son fils, Guillaume III de Prusse, dit le kronprinz(4). Ce dernier renonce à ses droits au trône et va s'établir sur l'île de Wieringen, dans le nord du pays. Le 28, Guillaume II abdique et son épouse est alors autorisée à le rejoindre. Dans sa lette d'abdication, pas gêné du tout, il rejette la responsabilité de la guerre sur ses ministres de 1914. Outre l'installation de l'empereur allemand et de son fils, grâce à la protection de la reine Wilhelmine, le pays va devenir le refuge de tous les criminels de guerre allemands. Mais aussi des Flamands belges germanophiles dont les plus notoires vont être condamnés à mort par contumace...

En Suisse. Le 12 novembre, les syndicats appellent à une grève générale. Alors, 250 000 ouvriers cessent le travail. Le Conseil fédéral répond par la force et envoie l'armée. La grève cessera deux jours après. Le 26, le général en chef de l'armée suisse, Conrad Ulrich Sigmund Wille, germanophile convaincu, donne sa démission…

Aux États-Unis. Le 5, se déroulent les élections de mi-mandat (Midterm elections) qui doivent renouveler la totalité de la Chambre des députés et un tiers du Sénat. C'est une victoire des Républicains partisans d'un traitement rigoureux à l'égard de l’Allemagne, sur les démocrates qui volontiers inclineraient à se montrer moins intransigeants. Le 6 novembre, le président Woodrow Wilson donne sa réponse à la dernière note du président du Conseil allemand Max de Bade. C'est son secrétaire d'État, Robert Lansing, qui la remet au représentant de la Suisse à Washington. Il déclare que les Alliés ont adhéré à ses quatorze thèses, sauf une réserve sur l'article 2 (liberté des mers) et une observation sur un autre point. Il invite l'Allemagne, si elle veut demander l'armistice, à envoyer des parlementaires en France auprès du maréchal Foch...

Le 11, Wilson prononce un discours au Congrès de Washington pour dire que tous les buts de la guerre des États-Unis sont atteints. Il salue le changement qui se produit en Allemagne et ajoute que les Alliés doivent désormais être d'un secours amical aux peuples émancipés. Dès le 14, le recrutement est arrêté, plus de trois millions et demi d'hommes sont déjà sous les drapeaux. Devant les difficultés économiques, notamment agricoles, le ministre du Ravitaillement Herbert Hoover recommande la plus stricte économie. Il rappelle que le pays doit pourvoir subvenir aux besoins, non seulement de sa population, mais encore à celles des pays alliés mais aussi maintenant à celles des Empires centraux, en proie à la disette. Le 16, sollicité par l'Allemagne qui lui réclame des vivres afin d'éviter la famine, Wilson répond favorablement à son ravitaillement, à la condition que ces denrées soient réparties équitablement et que l'ordre soit maintenu. Le 29, le président Wilson se rend à l'ambassade de France à Washington pour fêter la victoire commune et préparer sa venue en Europe...

En Allemagne. La défaite de l'Autriche-Hongrie, qui fait suite à celle de la Bulgarie et de la Turquie, accroît la situation de faiblesse de l'Allemagne. De plus, tous les nouveaux pays issus de la partition austro-hongroise, à part l'Autriche, lui sont maintenant hostiles. Pire, alors que le blocus maritime est encore hermétique, le ravitaillement alimentaire, mais aussi économique (pétrole, etc...), venu de l'est n'arrive plus...

Le 1er novembre, le gouvernement envoie un émissaire à Spa pour demander au Kaiser Guillaume II d'abdiquer. Hindenburg, chef d’état-major de l’armée, s'y oppose, craignant la dislocation de l'Armée. Le jour même à Berlin est créée la Commission des conseils d’ouvriers et des soldats, calquée sur le modèle des soviets, elle est présidée par le socialiste et journaliste Ernst Däumig. Au nord, les mutineries de Kiel dégénèrent en troubles révolutionnaires qui gagnent bientôt tous les grands centres urbains et marquent le début de la Révolution allemande. Dans des affrontements parfois sévères avec la police, on relève des morts et de nombreux blessés, ce qui envenime la situation. Les multiples roitelets des divers royaumes disséminés dans le pays (Bade, Wittenberg, Saxe, etc...) sont tous déchus les uns après les autres et sont instamment priés d'aller faire rutiler leurs dorures ailleurs. A leur place, les socialistes, mais aussi les Spartakistes prennent le pouvoir. Le 3 à Berlin, c'est l'abrogation de la censure et la levée de l'interdiction des réunions publiques. Le 4 à Munich, suite à la capitulation de l'Autriche-Hongrie, un rassemblement mené par l'écrivain socialiste Kurt Eisner se termine par un vote qui demande la fin de la guerre et un gouvernement populaire. Le 6, le gouvernement, mécontent de la propagande révolutionnaire que l'ambassadeur russe Adolf Joffé fait à Berlin, et de la lenteur mise par la Russie à sanctionner le meurtre de son ambassadeur Wilhelm von Mirbach, rappelle ses agents de Russie et renvoie les agents bolchevicks. A Berlin, les députés socialistes demandent l'armistice immédiatement, l'amnistie des révoltés et l'abdication de l'empereur. Les socialistes du SPD se prononcent pour une monarchie parlementaire et sociale sans Guillaume II. De leur côté, les patrons et les syndicats décident de gérer la paix à venir. Dans la soirée, Wilson informe le gouvernement que le maréchal Foch est prêt à recevoir la commission d’armistice allemande. Le chef des armées Wilhelm Groener conseille alors de désigner Matthias Erzberger pour diriger la délégation  allemande car il est connu pour son engagement précoce en faveur de la paix. Le 7, toutes les grandes villes sont maintenant aux mains des Comités d'ouvriers et de soldats. A Munich, Eisner tente de fonder une Confédération des États du Sud. Chez tous les bourgeois et la classe moyenne possédante, l'inquiétude est vive. Tous craignent que leur pays suive la voie initiée par la Russie, une année plus tôt. Une rumeur annonce que Gustav Krupp et sa femme sont en fuite. Le 8, Berlin est isolé. Le téléphone et le télégraphe sont coupés, le trafic ferroviaire vers la ville est arrêté. Les bâtiments officiels, les usines d’armement et les nœuds de communication sont occupés par les militaires. Rosa Luxemburg, la grande figure féminine de la révolution ouvrière, en prison à Spandau depuis février 1915, est libérée. Énergique combattante, elle s'empresse de rejoindre ses amis de la Ligue spartakiste pour participer aux évènements en cours...

Face aux troubles et de crainte de voir surgir un gouvernement révolutionnaire, Max de Bade démissionne pour laisser la place à Friedrich Ebert. Ce dernier, socialiste modéré, installe un gouvernement populaire et préside le Conseil des commissaires du peuple. Il promet de tout faire pour arrêter la révolution ainsi que d'organiser au plus tôt des élections pour une Assemblée nationale, dans le but d'ériger une démocratie représentative. A 14h00, le socialiste Philipp Scheidemann qui à toujours soutenu la guerre et le régime impérial proclame la République allemande d'une fenêtre du Reichstag pour empêcher Ebert de déclarer une République socialiste allemande. Vers 16h00, Karl Liebknecht envahit le château royal et proclame la République socialiste tandis que les délégués révolutionnaires annoncent des élections dans les entreprises et les casernes pour le lendemain matin. La Ligue spartakiste crée le quotidien Rote Fahne (Drapeau Rouge). Le soir, soutenu par une majorité de députés, Ebert, devenu chancelier prend vraiment le pouvoir. Il lance plusieurs proclamations au peuple. Les socialistes indépendants comme Scheidemann et Liebknecht doivent collaborer avec lui ou alors il les fera arrêter et fusiller. Dés le lendemain, Ebert signe un pacte avec les hauts dirigeants de l'armée pour réinstaller l'ordre dans Berlin et les États fédérés. Ce pacte est considéré comme une trahison par la gauche et l'extrême-gauche socialiste car il a pour conséquence de retourner des milices et les corps francs contre les insurgés...

Le 10 au matin, le gouvernement est formé sous la dénomination de Conseil des commissaires du peuple avec Ebert, Scheidemann et Landsberg du SPD, Haase, Dittmann et Barth de l'USPD. Les membres du SPD se retrouvent majoritaires à la réunion du cirque Busch de l'après-midi. Malgré Liebknecht et les Spartakistes qui crient à la trahison, les délégués entendent le discours unitaire d'Ebert et entérinent le Conseil. De Spa, le général Wilhelm Groener chef des armées, contacte Ebert et lui promet l'appui des troupes loyalistes si le gouvernement rétablit la discipline. La plupart des journaux de Berlin ont changé de titre pour prendre des dénominations démocratiques ou révolutionnaires...

Le 11 novembre en Allemagne est une journée blanche, depuis une semaine tous le monde sait que la guerre est perdue, les habitants considèrent qu'on les a dupés pendant des mois sur la situation réelle des armées en leur racontant des bobards. Certes beaucoup de parents se réjouissent de la fin de la guerre, mais les évènements révolutionnaires occupent tous les esprits et la quête de vivres pour se nourrir reste la préoccupation principale des citadins. Le 12, le Conseil des commissaires du peuple rend public un programme comportant à la fois des décisions et des projets. Il instaure toutes les libertés formelles, de réunion, d'opinion, d'expression et de presse. D'autres mesures débarrassent l'État de Prusse de ses archaïsmes institutionnels. La promesse d'introduire le droit de vote pour les hommes et les femmes dès l'âge de 20 ans, annonce la formation d'un État allemand plus démocratique et progressiste que bien d'autres en Europe...

Dès le 13, est créée à Magdeburg par l'officier de réserve Franz Seldte la ligue Stahlhelm (casque d'acier) ou Bund der Frontsoldaten (Ligue des soldats du front) composée d'anciens combattants allemands déçus par la défaite. Comme de nombreuses autres ligues paramilitaires d'extrême droite, elle refusera les dédommagements imposés par le traité de Versailles et soutiendra le parti nazi jusqu'à son accession au pouvoir. Avec les généraux Erick Ludendorff et Paul von Hindenburg ils entretiendront la légende du Dolchstoßlegende (la légende du coup de poignard dans le dos.). Cette théorie disculpe l’armée allemande, rejetant la responsabilité de la défaite sur les civils de l’arrière, les juifs et les communistes...

Le 14, le docteur Wilhelm Solf, secrétaire d'État aux Affaires étrangères, presse les Alliés, par un message au secrétaire d'État américain Lansing, de hâter l'ouverture des préliminaires de paix. Il invoque la famine qui pèse sur l'Allemagne. Le 15 à Berlin, la Chambre des représentants et la Chambre des seigneurs sont dissoutes. Ebert achève de constituer le "conseil des commissaires du peuple" dont la plupart des membres sont d'anciens serviteurs de l'Empire allemand ce qui hérisse les Socialistes de gauche et les Spartakistes. Les discussions entre patrons (Stinnes, Vögler, Borsig) et les trois syndicats (socialistes, catholiques et Hirsch-Duncker) aboutissent à un pacte appelé "Communauté du travail" (Arbeitsgemeinschaft). Cet accord instaure la liberté syndicale dans l'entreprise, la création de conventions collectives et la journée de huit heures. Le secrétaire d'État Hugo Preuss, libéral de gauche, entreprend, assisté de Max Weber, Friedrich Naumann et de Conrad Haußmann (tous libéraux), de rédiger un projet de constitution républicaine, à la demande d'Ebert. C'est aussi la création du mouvement d’extrême droite, le "Parti Populaire National Allemand" (Deutschnationale Volkspartei ou DNVP), un des ancêtres de parti nazi. Le 15 toujours, de nombreux socialistes manifestent la volonté de faire comparaître devant une haute cour les hommes qui sont responsables d'avoir prolongé la guerre, et en particulier, l'amiral Alfred von Tirpitz et le général August Keim. En réponse, une cour martiale est constituée à Berlin. Une partie des biens de la couronne royale de Prusse est confisquée. Le 16, Ebert s'oppose à la demande du Comité exécutif d’organiser une "Garde rouge". Il ordonne alors au député socialiste Otto Wels, qui commande la place de Berlin, d'organiser une "Garde républicaine" de 10 000 hommes. Il se heurte ainsi au préfet de police plus communiste que spartakiste, Emil Eichhorn. Le 18, une nouvelle note est adressée aux États-Unis pour solliciter leur aide contre la famine. Ebert déclare que le principe des élections pour l'Assemblée Constituante est en cours. Le président du Reichstag, Constantin Fehrenbach, fait savoir qu'en raison des circonstances, cette assemblée ne sera plus réunie. Dans une note Max de Bade s'explique sur la demande d'armistice, il écrit, sans citer de nom, que cela lui a été dicté par les autorités militaires. Le 20, c'est la création du Parti Libéral de Gauche (Deutsche Demokratische Partei ou DDP). Le 23 à Berlin, les syndicats n'arrivent pas à instaurer la journée de huit heures. Ils se heurtent autant aux petits patrons qu'aux ouvriers qui ont peur de perdre une partie de leur maigre salaire...

Le 25, les premiers éléments français sont devant le pont de Kiel et en Sarre. L'occupation d'une partie de l'Allemagne commence. Le président du Conseil bavarois, Kurt Eisner, déclare que l'Allemagne est responsable de la guerre et commence à publier une partie des rapports que le comte Hugo Lerchenfeld, représentant de la Bavière à Berlin en juillet 1914, envoya à son gouvernement au moment de la déclaration de guerre. Ces rapports établissent de façon indiscutable l'écrasante responsabilité de Berlin et de Vienne dans le déchaînement du conflit. Il fait aussi état de l'offre de paix faite par les USA en l'automne 1917. Il part pour Berlin afin de réclamer l'éviction du pouvoir de tous les politiques et autres grands fonctionnaires de l'ancien régime. Le 27, la conférence des États confédérés débute à Berlin. Eisner insiste pour que tous les politiciens de l'ancien régime soient écartés du gouvernement. L'assemblée vote le principe de la Constituante et, malgré des tendances divergentes, la majorité se prononce pour le maintien de l'unité allemande, ce qui ne convient pas aux représentants de la Bavière. La Constituante devrait siéger à Francfort-sur-le-Main, qui a déjà été le siège de l'Assemblée nationale de 1848. Le docteur Solf, toujours secrétaire d'État aux Affaires étrangères, proteste contre la publication des documents de Munich. En réponse le Dr Hartmann qui représente l'Autriche allemande à Berlin, annonce que le gouvernement de Vienne publiera à son tour des pièces diplomatiques. Le 28, dans une lettre au président Wilson qui détaille tous les progrès réalisés pour l'ouverture du pays à la démocratie, Ebert demande avec force au président Wilson de tenir sa parole et de fournir des vivres à l’Allemagne. La loi pour les futures élections de l’Assemblée nationale constituante est votée. Cette consultation est prévue pour le 19 janvier 1919 et le vote sera fait au suffrage universel, à la proportionnelle et les femmes voteront. Le 29 un mouvement de grève pour la journée de 8h00 se généralise à Berlin et le ton monte entre les socialistes et les sociaux-démocrates à cause du maintien dans leur poste des anciens ministres impériaux...

En Autriche. L'empereur Charles Ier, sans abdiquer, renonce le 11 novembre à "toute participation aux affaires de l'État" et se retire dans une résidence de Basse-Autriche, puis en Suisse. Le 12, la République est proclamée et le droit de vote est accordé aux femmes. L'Assemblée rédige une constitution qui décide dans son article 1er "l'Autriche allemande est une république démocratique" et dans son article 2 "Elle fait maintenant partie de la République allemande". Le socialiste Victor Alder qui vient juste d'être libéré, participe aux fondations de la future République en Autriche et devient ministre des Affaires extérieures du gouvernement provisoire. Il préconise le rattachement à l'Allemagne, mais cardiaque, il meurt subitement le 11 novembre. La Première République d'Autriche est présidée par le social-démocrate Karl Renner. Quasiment toutes les provinces sont d'accord sauf à son extrême ouest la province du Vorarlberg, qui demande à devenir un canton suisse. Le 22, l'Assemblée revendique officiellement tous les territoires peuplés d'Allemands de l'ancienne partie autrichienne de l'Empire (dite Cisleithanie). Mais les Alliés refuseront cette possibilité, n'ayant aucune envie de voir naître une Allemagne encore plus grande. Cette Autriche Allemande sera dissoute le 21 octobre 1919 pour être remplacée par la Première République d'Autriche. Le 28, le gouvernement fait savoir que la démobilisation est terminée. Le 30, Vienne décide de faire comparaître en Haute-Cour l'ex-empereur Charles Ier, des anciens ministres et des militaires. Les élections à la Constituante autrichienne sont décidées pour début 1919...

En Hongrie. Le 16 novembre, la République démocratique hongroise est proclamée et Mihály Károlyi en devient le président. Le gouvernement prend rapidement des mesures radicales pour démocratiser le pays et alléger la condition ouvrière et paysanne. Le 21 à Budapest, des activistes fondent le Parti communiste hongrois qui sera dirigé par le journaliste proche de Lénine, Béla Kun. Le 28, les roumanophones de Bucovine et ceux de Transylvanie proclament leur sécession. Le 1er décembre, ils s’unissent au royaume de Roumanie...

En Tchécoslovaquie. Le 17, la république est solennellement proclamée. Tomáš Masaryk est nommé président de la République...

En Serbie. Le 24 novembre, le nouveau gouvernement annexe le Banat occidental. Le 27, le Conseil national de Zagreb nomme le prince héritier de Serbie, Alexandre Ier, régent de l'État des Slovènes, Croates et Serbes...

État des Slovènes, Croates et Serbes. Constitué durant le mois d'octobre, le nouvel État est perçu par les vainqueurs comme une solution provisoire, un simple prélude au futur partage de la côte adriatique entre l'Italie et la Serbie. Pour cette raison, l'État des Slovènes, Croates et Serbes n'a aucune reconnaissance internationale. Le nouvel État tente de mettre sur pied une force armée afin de faire face aux ambitions italiennes en Adriatique et en Slovénie. Ainsi, les membres du conseil national Croate se rapprochent de Svetozar Boroevic von Bojna, feld-maréchal austro-hongrois d'origine croate, pour le persuader, sans succès, de mettre à la disposition du nouvel État les unités austro-hongroises composées de Serbes, de Croates, de Slovènes et de Bosniaques. En dépit de cet échec, les dirigeants rencontrent plus de succès avec la marine de guerre austro-hongroise, que l'empire agonisant a léguée le 31 octobre au nouvel État. L'armistice stipule la reddition de ces navires avec leur internement à Corfou, mais le manque d'équipages remet en cause cette disposition. Cependant, Miklós Horthy, alors commandant de la flotte de guerre austro-hongroise, remet aux autorités de l'État en cours de constitution les unités positionnées à Pola, conformément aux ordres reçus. Les équipages, composés pour une majorité de Croates, n'obéissent en effet plus aux consignes de leurs officiers. Dans la nuit suivante, le 1er novembre, le cuirassé Viribus Unitis, un des trois cuirassés austro-hongrois à avoir survécu à la guerre, est coulé lors d'une action de guerre menée par un commando de la Regia Marina, entraînant la mort du commandant de la flotte du nouvel État. Cette flotte ne constitue pas le seul atout militaire alors en formation. Rapidement, la dégradation de la situation intérieure oblige les représentants locaux du nouvel État à faire appel aux unités serbes pour rétablir l'ordre, notamment en Bosnie-Herzégovine. Dans les jours qui suivent, la marine de guerre italienne s'empare de l'ensemble de la flotte léguée au nouvel État. Durant le mois, en l'absence de reconnaissance officielle, des représentants de l'État des Slovènes, Croates et Serbes se rapprochent du royaume de Serbie. Entre le 6 et le 9, des négociations se déroulent à Genève entre les représentants de ces deux pays. Parallèlement à ces démarches, le gouvernement royal serbe reconnaît, le 8 novembre, le gouvernement de l'État des Slovènes, Croates et Serbes comme le représentant des populations des slaves du sud, ce qui l'érige en interlocuteur privilégié des négociateurs serbes. De plus, le caractère fédéral du futur royaume des Slaves du Sud est accepté par les représentants serbes lors de ces négociations. Cependant, la démission du premier ministre serbe, Nikola Pasic, remet en cause les conclusions des accords conclus. Dans la nuit du 23 au 24, les membres du comité central du conseil national des Slaves du Sud votent l'envoi d'une délégation à Belgrade. Les membres de cette délégation sont reçus le 28 par le régent Alexandre Ier, en vue d'ouvrir des négociations pour intégrer le Royaume de Serbie. Le 30, après trente-trois jours d'existence, après des pourparlers formels, le gouvernement provisoire accepte l'union avec le Royaume de Serbie. Alors se constitue officiellement le Royaume des Serbes, Croates et Slovènes. Cependant, l'union entre les deux États laisse en suspens la question de l'organisation interne du nouveau royaume. Ces questions en suspens créent les conditions de fortes tensions entre Serbes du royaume de Serbie d'une part et Croates de l'autre...

En Pologne. Le 6 novembre, la partie du pays sous domination allemande, constitue un gouvernement national. Aussitôt, le quartier juif de Varsovie est pillé, on relève 4 morts et des centaines de blessés. Le 7 à Lublin, c'est la proclamation de la République polonaise. Le 10, Józef Piłsudski est relâché de la prison de Magdebourg où il croupissait depuis juillet 1917. Le pays obtient son indépendance de facto le 11 novembre, lors du retrait de l'occupation allemande. Le jour même à Varsovie, l'ex taulard Piłsudski est nommé commandant en chef des forces polonaises par le conseil de Régence et il est chargé de former un gouvernement pour le nouvel état. Le même jour (aujourd'hui fête nationale polonaise), il proclame l'indépendance de la Pologne et incorpore la Galicie dans ce nouvel État, ce qui va amener des tensions avec l'Ukraine. Il négocie rapidement l'évacuation des troupes et des garnisons allemandes encore présentes. Plus de 400 000 Allemands quittent alors désarmés et pacifiquement la Pologne. Le 22, il reçoit officiellement des mains du nouveau gouvernement de Jędrzej Moraczewski, le titre de chef de l'État provisoire. Il forme alors un gouvernement de coalition. Ce dernier est dominé par les socialises et il fait de nombreuses réformes jugées nécessaires par le Parti socialiste polonais comme la journée de huit heures, l'enseignement gratuit et le droit de vote des femmes. Piłsudski considère cependant qu'en tant que chef de l'État, il doit éviter les politiques partisanes. Le lendemain de son arrivée à Varsovie, il rencontre d'anciens collègues des organisations clandestines qui s'adressent à lui à la manière communiste avec un tonitruant Towarzysz (Camarade) et demandent son soutien pour leurs politiques révolutionnaires. Il refuse et répond "Camarades, j'ai pris le tramway du socialisme jusqu'à l'arrêt appelé indépendance et c'est là que je descends. Vous pouvez continuer jusqu'au terminus si vous le souhaitez mais à partir de maintenant, adressons nous chacun avec Monsieur !". Il refuse de soutenir un quelconque parti et ne forme pas d'organisation politique propre. Il réorganise l'armée composée de vétérans des armées allemandes, russes et austro-hongroises. Le 17, l'armée polonaise reprend Przemysl aux Ukrainiens. Le 18, des officiers polonais arrivent en automobile à Posen en Prusse Orientale et réclament la remise de la ville. Le 21, après deux semaines de combats incessants, une unité de l'armée polonaise, commandée par le lieutenant-colonel Michał Karaszewicz-Tokarzewski brise le siège et repousse les Ukrainiens de Lviv. Toutefois, ceux-ci continuent à contrôler la plupart de la Galicie orientale et menacent Lviv jusqu'en mai 1919. Le 22 à Varsovie, des soldats ivres se déchaînent à nouveau contre les Juifs à l’occasion d’un "quartier libre". Ils tuent 72 personnes, dont des femmes et des enfants, blessent plus de 300 personnes et brûlent 3 synagogues. Les meneurs ne seront jamais arrêtés...

En Estonie. Comme en Pologne, l'indépendance est à nouveau proclamée après la capitulation allemande. Le 17, Les conseils d'Estonie, de Livonie et de Courlande décident de se doter d'un gouvernement unique. Un État baltique engloberait ces diverses provinces...

En Lituanie. Le 5 novembre, le pays s'émancipe de sa tutelle allemande et Augustin Voldemaras forme le premier gouvernement républicain...

En Lettonie. Pour montrer leur autonomie tant des Allemands que des Russes, des activistes lettons proclament l'indépendance du pays le 18 novembre. Aussitôt, des troupes bolchéviques s'emparent de Riga et remplacent le gouvernement letton modéré par un régime prosoviétique. C'est le début d'une guerre civile qui va durer deux ans...

Quelle folie la guerre !

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Entrée des Canadiens dans la ville belge de Mons

Guillaume II à la frontière hollandaise avant son exil définitif

En Suède. Le chef du Parti social-démocrate suédois des travailleurs, Hjalmar Branting, fait savoir au parlement que son parti a exclu toute violence pour arriver au pouvoir et qu'il ne le fera que par les voies légales...

En Russie. La Révolution allemande suscite bien des espoirs dans le camp des Bolcheviks. Dans leur propagande, ils s'attribuent un rôle primordial dans l'affaiblissement de l'armée allemande. L'historien Pavel Milioukov écrit que les idées progressistes bolcheviques "ont joué un rôle considérable dans la révolution allemande de novembre 1918". D'ailleurs, le 8 novembre, l'ambassadeur russe à Berlin, Aldof Joffé, est renvoyé à Moscou pour agitation révolutionnaire et les relations diplomatiques sont rompues. Le départ des troupes allemandes des pays baltes, de la Finlande, de la Pologne et de la Transcaucasie, oblige Léon Trotski de revoir sa stratégie militaire. La lutte contre les Armées blanches passe au second plan, il faut absolument se tourner vers l'ouest et reconquérir les anciennes provinces russes laissées sans armée pour les défendre...

Le 1er novembre, Lénine inaugure le premier train d'Agitprop. C'est l'organe de propagande élargie qui doit diffuser les idées du marxisme-léninisme. Il est aussi chargé de donner des informations pratiques comme des méthodes agricoles et des mesures d'hygiène. Le 13, le Conseil des commissaires du peuple dénonce le traité de Brest-Litovsk et des troupes de l'Armée rouge commencent la réoccupation d'une partie des territoires cédés à l'ouest. Le 21, pour éviter la disette ainsi qu'une envolée des prix, le gouvernement nationalise le commerce intérieur...

En Russie Blanche. Le 18, le Directoire issu de la coalition des gouvernements blancs d'Omsk et de Samara est liquidé par un coup d'état. Il est remplacé par une dictature militaire et l'amiral Alexandre Koltchak prend alors le titre de "Régent suprême de Russie"...

En Ukraine. Devant le vide laissé par le retrait des troupes austro-hongroises, le 1er novembre, l'armée ukrainienne s'installe à Lviv (Lemberg pour les Allemands, Lwów pour les Polonais). La République populaire d'Ukraine occidentale est proclamée, avec Lviv pour capitale. Elle revendique sa souveraineté sur la Galicie orientale, les Carpates jusqu'à la ville de Nowy Sącz, ainsi que sur la Volhynie, la Ruthénie et la Bucovine. Aussitôt, les Polonais qui revendiquent aussi cette ville, leur déclarent la guerre. Le 21, l'hetman Pavlo Skoropadsky est chassé du pouvoir lors d'un soulèvement mené par Simon Petlioura. La République populaire ukrainienne est de nouveau instaurée, le pouvoir est tenu par un Directoire, un corps non-élu de 5 directeurs présidé par Volodymyr Vynnytchenko, Simon Petlioura devient ministre de la Guerre. Skoropadsky s'enfuit pour aller s'installer en Allemagne...

Au Monténégro. Malgré son alliance avec les Empires centraux, le royaume est sous occupation austro-hongroise depuis le 29 décembre 1915 et son souverain Nicolas Ier de Monténégro (dit aussi Petrović-Njegoš) vit en exil en France. Le Monténégro retrouve sa liberté le 4 novembre, jour de l'armistice italo-austro-hongroise. Conformément aux termes de l'accord de Corfou de juillet 1917, le royaume est uni au royaume de Serbie dès le 6 du mois. Cependant, ce n'est que le 1er décembre suivant, lors de la cérémonie officielle de la création du Royaume des Serbes, Croates et Slovènes, que le royaume du Monténégro s'unit officiellement au royaume de Serbie et à l'État des Slovènes, Croates et Serbes. Malgré ses plaintes et ses récriminations envers l'État français qui soutient les Serbes, Nicolas Ier ne reviendra jamais au pays tout en gardant le titre de Roi du Monténégro. Déçu dans ses espérances et attristé par des chagrins de famille, il s'installe définitivement sur la Côte d'Azur dans la villa Les liserons au Cap d'Antibes où il décède d'une hémorragie cérébrale à 79 ans le 1er mars 1921. Il est inhumé temporairement à San Remo en Italie. En 1989, ses restes sont enterrés à Cetinje, capitale historique du pays, dite aussi capitale du Trône...

En Roumanie. Le 10 novembre, profitant de la victoire des Alliées, le Royaume de Roumanie se prépare à partir en guerre pour occuper la Transylvanie. Le 16, le suffrage universel est instauré. Le 18, les avant-gardes roumaines franchissent plusieurs cols des Carpates, et occupent des localités en Transylvanie. Le 29, le président du Conseil des ministres Constantin Coandă, qui a été nommé le 24 octobre est considéré lui aussi comme trop proche des Allemands, il est remplacé par Ion Brătianu...

En Turquie. Le 1er novembre, après la désertion de ses principaux leaders qui sont partis se réfugier en Allemagne, le Comité Union et Progrès, le nom officiel du parti des Jeunes-Turcs, s'auto-dissout. Le sultan Mehmed VI Vahdeddine est toujours en place, mais son pouvoir est très réduit. La conduite du pays revient à l'Entente libérale de centre droit. Les chefs des Jeunes-turcs qui se sont enfuis sont condamnés à mort par contumace et les parlementaires ou généraux proches de ces derniers, qui ne cessent de comploter sont arrêtés...

Conformément au traité d'armistice, le 13 novembre, 54 navires de guerre britanniques, français, Grecs et italiens passent le détroit des Dardanelles nettoyé de tous ses obstacles. Ils traversent en un long convoi la mer de Marmara sous la protection des troupes britanniques qui occupent les forts. Après avoir franchi le Bosphore, les navires jettent l'ancre dans le mer Noire devant le palais de Dolmabahçe, là où réside le sultan Mehmet VI. Alors, des milliers de soldats d’origines les plus diverses occupent Istanbul pour la première fois depuis 1453. La ville et les détroits, tant convoités par les Russes depuis des siècles, sont maintenant ouverts à la libre circulation des navires sous l'œil très vigilants des Britanniques. Au passage du cuirassé grec Averoff beaucoup de stambouliotes font la grimace, mais les 400 000 non musulmans de la ville, Grecs, Arméniens et Chrétiens encore vivants font la fête. Pour eux, le monde vient brutalement de changer...

Dans le Caucase. Le 18 novembre, les troupes du général britannique William Montgomery Thomson reviennent à Bakou évacuée par les Turcs et les Azéris. Le 30, les troupes arméniennes de Kanayan Dro entrent dans la grande ville du Caucase arménien, Alexandropol, évacuée par les Turcs...

En Syrie. Le 28 novembre, des troupes franco-britanniques stationnées en orient, renforcées par trois bataillons arméniens, débarquent à Alexandrette. Ils viennent dans le but de créer en Cilicie un foyer national arménien sous la protection de la France. Répondant à l'appel du haut-commissaire François Georges-Picot, 150 000 Arméniens émigrés en Syrie et en Mésopotamie viennent s'installer dans la région...

En Mésopotamie. Le 4 novembre, la ville de Mossoul pourtant promise à une occupation française par les accords Sykes-Picot de 1916, est occupée par les Britanniques. La France, aux termes de nombreuses tergiversations, renoncera finalement à ses droits et le Royaume-Uni l'intègrera au mandat britannique de Mésopotamie...

En Palestine. A Jérusalem, le quotidien hébreu Haaretz (Le Pays), journal de la gauche progressiste, est fondé dans le mois. Dans le nouveau partage des territoires, les arabes de Jérusalem s'inquiètent du fait que les territoires palestiniens soient séparés de la Syrie historique, et revendiquent l'unité Syrienne...

En Égypte. Le 13 novembre, les nationalistes, dirigés par Saad Zaghlul forment une délégation (en arabe, Wafd) qui rencontre le haut-commissaire britannique en Égypte, Reginald Wingate. Ce dernier refuse d'entendre leurs revendications et affirme que la Grande-Bretagne doit maintenir sa souveraineté sur le pays. Alors, de toute l'Égypte, des mandats de soutien populaires sont envoyés au Wafd, ce qui lui donne une véritable audience nationale. Le Wafd tente de rejoindre Londres pour discuter avec le gouvernement britannique du futur statut du pays, mais les autorités britanniques du Caire empêchent ce départ...

En Tripolitaine. Le 16 novembre, l'émir Senoussi proclame la République de Tripolitaine qui se veut indépendante du Royaume d'Italie. Il s'agit du premier État islamique au monde à disposer d'un gouvernement républicain. Cette proclamation est suivie d'une déclaration formelle d'indépendance à la conférence de paix de Paris qui voit sa reconnaissance par l'Italie mais gagne toutefois peu de soutien de la part des puissances internationales...

En Islande. Bien qu'autonome du Danemark depuis 1874, le 30 novembre, le pays devient un royaume indépendant. Toutefois, il reste lié au Danemark par un Acte d'Union qui leur confère le même roi. Il ne deviendra pleinement indépendant et souverain qu'en 1944 lors de la fondation de la république...

En Chine. Pour fêter la fin de la guerre, le 11 novembre des pilotes chinois font une grande démonstration de virtuosité en volant en rase-motte au-dessus de la ville Pékin...

Dans le Monde des Sciences, des Arts, des Lettres et du Sport. Début novembre, c'est la disparition au Mexique de Fabian Avenarius Lloyd dit Arthur Cravan. Né le 22 mai 1887 à Lausanne en suisse de parents britanniques, c'est le neveu d'Oscar Wilde. Il devient poète et boxeur britannique de langue française. Considéré, tant par les dadaïstes que par les surréalistes comme un des précurseurs de leurs mouvements, Arthur Cravan provoque le scandale partout où il passe. Il a à son actif un exploit quasi unique, car il est déclaré champion de France de boxe des mi-lourds en 1910, sans avoir combattu. En 1914, pacifiste et antimilitariste, il est constamment obligé de voyager, le plus souvent en toute illégalité, pour échapper à la prison. Il fait des combats de boxe en Espagne, puis en Amérique du Sud. Selon une source peu fiable, il s'embarque sur un rafiot à Puerto Angel pour rallier Buenos-Aires où l'attend sa nouvelle épouse britannique Mina Loy alors enceinte. En novembre 1921, la police mexicaine découvre deux corps d'hommes abattus près de la frontière des États-Unis au bord du Rio Grande. Le signalement de l'un d'eux, correspond beaucoup à Cravan, plus de 2 mètres avec une grande corpulence. Le 17, le Dadaïste Johannes Baader sème le trouble dans Berlin. Après avoir crée une église refuge pour protéger les déserteurs, il lance un tract AK-12 dans lequel il établit un parallèle entre les versets de l'Apocalypse et la date de l'armistice. Provocateur dans l'âme et profitant de la nouvelle liberté de création, avec son complice de longue date Raoul Hausmann, ils présentent un spectacle complètement iconoclaste intitulé "Christus ist euch Wurst" (Tu te fiches du Christ) directement dans la cathédrale de la ville. Arrêté pour blasphème, il écrit au ministre de la Culture pour revendiquer son droit à la liberté d'expression. A la suite de son arrestation, des artistes allemands créent le Novembergruppe (le Groupe de Novembre). Dirigé par Max Pechstein et César Klein, ils demandent la dissolution des académies et la liberté totale du dessin dans les arts plastiques...

Le 3 novembre à Odessa en Russie, c'est le décès du mathématicien russe Alexandre Liapounov âgé de 61 ans. Avec le mathématicien Français Henri Poincaré c'est l'un des précurseurs de la théorie du chaos. Le 9 novembre c'est la disparition du poète français Guillaume Apollinaire. Il est né à Rome d'une mère russo-polonaise et d'un père italien, dont elle taira toujours le nom. Inconnu sous son nom de naissance, Guglielmo Alberto Wladimiro Alessandro Apollinare de Kostrowitzky, ce n'est qu'à sa naturalisation française en 1916 qu'il prend le nom de Guillaume Apollinaire. Sa mère, connue pour être une courtisane de haut vol s'installe à Monaco en 1887, et c'est à Nice ainsi qu'à Cannes qu'il fait ses études. Vivant dans la précarité, il fait de multiples travaux ce qui ne l'empêche pas d'écrire et de publier de nombreux poèmes. Il fréquente tous les artistes de son époque, de Pablo Picasso jusqu'au Douanier Rousseau. En 1914, il tente de s'engager ce qui lui est refusé du fait de sa nationalité. Finalement incorporé en décembre 1914, il fait sa demande de naturalisation et fait ses classes à Nîmes. Il part pour le front de Champagne le 4 avril 1915. En novembre 1915, dans le but de devenir officier, il est transféré à sa demande dans l'infanterie dont les rangs sont décimés. Il entre au 96ème régiment d'infanterie avec le grade de sous-lieutenant. Il obtient sa naturalisation le 9 mars 1916 et sera grièvement blessé à la tempe quelques jours plus tard par un éclat d'obus. Évacué à Paris, il y sera trépané le 10 mai 1916. Durant toute cette période il ne cesse d'écrire et tous les poèmes retrouvés, ainsi que sa correspondance privée seront publiés. Affaibli par sa blessure, il meurt chez lui au 202 boulevard Saint-Germain le 9 novembre 1918 à 39 ans de la grippe espagnole, alors que sous ses fenêtres les Parisiens défilent en criant "A mort Guillaume !" en faisant référence l'empereur Guillaume II d'Allemagne. Il est enterré au cimetière du Père-Lachaise. Il est maintenant considéré comme l'un des poètes français les plus importants du début du XXème siècle...

 

Sur le Front des Combats.

Au Conseil de Guerre. Le 7 novembre, la Grande-Bretagne obtient de la France qu'elle signe une déclaration commune affirmant que le but des Alliés en Orient est "l'établissement de gouvernements et d'administrations indigènes" que les populations arabes "se seront librement donnés". Le 20, il est décidé qu'une division française occupera Budapest et qu'une armée roumaine la secondera dans cette occupation...

Sur le Front Franco-Belge. Après le franchissement de vive force de la Meuse par les Franco-Étasuniens à Dun, Brielles et Cléry le 5 novembre, le quartier-maitre général Wilhelm Groener, successeur d'Erick Ludendorff au grand Quartier Général allemand à Spa, se résout à raccourcir drastiquement le front. Il ordonne à toutes les armées de se replier sur une nouvelle position entre Anvers et Sedan. Mais c'est une chimère. Aucune position fortifiée n'est construite. L'artillerie, sans stock, est de plus incapable de se repositionner par manque évident de moyen de transport. En outre, plus aucun soutien aérien n'est possible vu que l'aviation allemande a cessé de combattre. Alors, ou les soldats allemands se font massacrer sur place dans de farouches résistances ou, fort logiquement, ils considèrent que la guerre est perdue et ils se rendent...

En Belgique. Sur le littoral, les armées alliées progressent sans trop rencontrer de résistance. Les grandes batailles sont finies. Elles avancent vers l'estuaire de l'Escaut et Anvers. Dans la zone de Gand, pour protéger leur retraite, les Allemands détruisent tous les ponts sur la Lys et l'Escaut, les entrepôts sont incendiés, les péniches coulées dans les canaux et les installations ferroviaires sabotées. Ils se replient vers Gand et derrière le canal de Terneuzen. De leur côté, les artilleurs alliés se concentrent sur les gares afin d'épargner les civils car aucune des cités belges de l'intérieur n'a été évacuée. Le 8, devant l'avancée inexorable des troupes britanniques, les activistes flamands qui avaient pris le contrôle de la ville de Gand commencent à prendre la direction de la Hollande. Le 10, c'est au tour des Allemands de quitter la ville. Aussitôt les Gantois se précipitent pour piller les maisons abandonnées par les militants Flamands...

Au sud, le 1er novembre à 6h00, les Canadiens entrent de vive force dans Valenciennes. La ville a été autant bombardée par les Alliés que par les Allemands. Le 2 au soir, elle est en ruines mais totalement libérée. Ils progressent ensuite vers Mons qu'ils atteignent le 9. Malgré la rumeur qui prélude à la fin de la guerre, le général canadien Arthur Currie reçoit l'ordre de prendre la ville le lendemain. Alors, toute la nuit ses soldats s'infiltrent dans les faubourgs et mènent bataille pour arriver au centre-ville. C'est dans un de ces derniers combats, à proximité immédiate de Mons, à Ville-sur-Haine, que sera tué le dernier soldat allié au combat(5)...

La seconde bataille de la Sambre. Le 4 débute la seconde bataille de la Sambre. Elle a pour objectif le franchissement du canal de la Sambre. C'est un obstacle redoutable car il fait entre 18 à 21 mètres de large et il est entouré de terres inondées. Pas moins de 4 armées, 3 britanniques et une française sont prévues pour l'attaque. Malgré le feu ennemi, ce qui occasionne de nombreux tués chez les Britanniques, le canal est rapidement franchi et au soir la tête de pont atteint 3,2 kilomètres de profondeur sur 24 de large. Plus au nord, les Britanniques prennent de vive force la forêt de Mormal. Au Quesnoy, la défense allemande est totalement absente, les soldats progressent sans même faire usage de leurs armes. C'est loin d'être le cas un peu plus au nord où là un bataillon néozélandais perd tous ses officiers et la moitié de son effectif pour prendre un appui bétonné. Malgré cela, la progression continue et tous les objectifs sont atteints le lendemain. Au centre, les Franco-Étasuniens enlèvent les hauteurs entre la Lys et l'Escaut sur une largeur de 16 kilomètres, en s'emparant de 19 villages. Au sud, les Poilus rentrent de force dans la ville de Guise et, le 7 au soir ils s'installent devant Origny-en-Thiérache. La poche conquise atteint alors 80 kilomètres de long sur 5 kilomètres de profondeur. A partir de ce point, l'avance alliée au nord se fait rapidement avec parfois plus de 8 km par jour, les Allemands se rendent ou disparaissent, mais ne se battent quasiment plus. Le 9, les soldats rentrent dans Maubeuge sans combattre et le 10 au soir, la ligne de front est quasiment sur la frontière belge...

La Remontée de la Meuse. C'est encore là que la bataille est la plus meurtrière. Fin octobre, les soldats US n'avaient pas encore atteint Dun-sur-Meuse malgré un appui aérien conséquent et la quasi totalité de la forêt de l'Argonne est encore Allemande. Il faut dire que les assaillants ont été de nombreuses fois arrêtés à cause d'un ravitaillement défaillant et que les défenses de la ligne Hindenburg à cet endroit sont particulièrement coriaces à enlever...

Devant la résistance allemande, le général Paul Maistre, qui est chargé par Foch de coordonner l'opération, réunit le général français Henri Gouraud et le général étasunien Hunter Liggett afin de combiner une offensive pour déborder les lignes fortifiées par l'Aisne. A l'extrémité sud de la Hunding Stellung, les Poilus et les Tommies attaquent le 1er novembre, entre Aisne et Meuse, en direction de Mézières-Sedan. Les Poilus franchissent l'Aisne et en se dirigeant vers l'est, enfoncent les positions allemandes entre Voncq et Savigny-sur-Aisne. De leur côté, les Tommies progressent vers le nord sur la rive gauche de la Meuse et bousculent les Allemands pour atteindre en fin de matinée le route Buzancy-Barricourt ce qui contraint les artilleurs allemands à déménager rapidement leurs canons, les privant d'appuis défensifs. Profitant de ce succès, Maistre demande à Gouraud de pousser sur le plateau de Falaise et sur les Alleux afin de s'emparer des passages du canal des Ardennes à Semuy. Le lendemain, les Allemands bousculés, reçoivent l'autorisation de reculer jusque derrière le canal des Ardennes, 20 kilomètres plus au nord. Le 3 novembre, après une poursuite épuisante, les Français sont maintenant sur la rive sud et ouest du canal des Ardennes. Ce gain permet aux artilleurs lourds français de tenir maintenant sous leur feu la ville de Longuyon, rocade ferroviaire essentielle pour le ravitaillement du front allemand dans ce secteur. Le 4, acculé à la Meuse entre Sassey et Beaumont, les Allemands repassent rapidement le fleuve et au soir, les soldats US sont à Stenay et aux abords de Beaumont. Le lendemain, les Français avancent le long du canal des Ardennes en progressant vers l'est pendant que les soldats US prennent Beaumont et Dun-sur-Meuse pour franchir la Meuse à Dun, Brielles et Cléry et s'installent enfin sur la rive droite du fleuve. A partir de là, la poussée vers Mézières et Sedan devient plus facile...

A Charleville-Mézières. Le 6 novembre dès 7h00, dans la ville et dans sa proche banlieue, les Allemands ordonnent aux habitants de faire des provisions et de se terrer chez eux. Le lendemain, tous les lieux publics sont fermés. Le 8, les quartiers proches des gares et des ensembles ferroviaires sont évacués. La gare de Mohon est dynamitée. Le 9, les Français sous les ordres du général Ferdinand Pont atteignent Prix-les-Mézières à l'ouest de Charleville et des éléments avancés pénètrent dans la grande ville. Aussitôt, toute l'artillerie allemande postée sur les hauteurs alentours se déchaîne au canon lourd. Les ponts sautent les uns après les autres, les écluses sont dynamitées, les voies ferrées sont sabotées. A 12h00, la ville est ravagée à près de 30%. Le 10, à 10h30, les quelques grands bâtiments qui étaient encore debout, sont détruits systématiquement les uns après les autres, l'opéra, l'hôtel de ville, l'hôpital, les églises et l'Hôtel-Dieu. L'après-midi, les bombardements s'attaquent aux faubourgs, sont visés Warcq, Saint-Laurent, Lumes et Villers-Semeuse alors qu'aucune troupe alliée ne s'en approche encore. Ces bombardements aussi inutiles que sauvages tuent des civils, ils se poursuivent jusqu'au 11 novembre à 10h00. Alors que la ville avait traversé la guerre sans gros dommages, en deux jours les artilleurs allemands l'ont détruite à près de 50%...

 

Crépy-en-Laonnois, Aisne, emplacement d'un des canons qui tiraient sur Paris

Manifestation de gens armés à Berlin

Le 11 novembre des Sammies font la fête

Officiers US trinquant à la victoire

Levée des couleurs US sur le front de la Meuse le 11 novembre

Défilé spontané à Paris le 11 novembre

Entrée des Britanniques dans Lille

Chien messager britannique

Manifestation le 11 novembre dans une ville française

Soldats au repos

Unité de chars français au repos à Moreuil

Unité de soldats italiens dans l'Aisne

A Chevières dans la Meuse, campement US de fortune

(1) Le Bulletin de la Victoire est le document officiel écrit après le cessez-le-feu du 3 novembre. Même s'il est signé du général Armando Diaz, son auteur matériel est le général Domenico Siciliani, chef du bureau de presse du commandement suprême. Ce bulletin est maintenant apposé dans toutes les mairies italiennes. Du coup, la renommée et le nom de Diaz sont devenus ceux d'un héros national. Dans certaines versions au lieu de mettre "Firmato, Diaz" (Signé, Diaz), on a mis en abrégé "F.to, Diaz" parfois même sans la virgule. Ce qui pouvait laisser croire que "Firmato" était le prénom de Diaz. Aussi, de nombreux italiens ont commencé à appeler leurs fils "Firmato" croyant leur donner le prénom du général qui s'appelait en réalité, Armando. Puisque le prénom Firmato n'existe pas dans la tradition chrétienne et que les familles italiennes étaient très catholiques, elles ont un petit peu modifié "Firmato" et elles ont appelé leurs fils "Firmino" qui est le nom d'un Saint martyr de la tradition chrétienne.

(2) L'Armistice du 11 novembre 1918 est signé dans le wagon-restaurant du train du Maréchal Foch. Ce dernier est ensuite transformé en musée. En 1940, Adolf Hitler le fait emmener à Berlin. En 1945, il est évacué dans une ville voisine lors de l'avancée des armées alliées. Il sera détruit par les SS pour éviter qu'il ne soit restitué. Une réplique a été réalisée, c'est celle qui est aujourd’hui présentée dans la forêt de Compiègne.

(3) La désignation nominative du dernier soldat français mort au combat est quasi impossible. D'abord, tous les morts français du 11 novembre ont été antidatés d'un jour car, pour l'armée française "Il n'était tout simplement pas possible de mourir pour la France le jour de l'armistice, le jour de la victoire". Des historiens avancent les noms d'Augustin Trébuchon, Auguste Joseph Renault, Jules Achille... sans vraiment être formel sur l'un d'entre eux. Tous ces soldats étaient à Vrigne-sur-Meuse ou à ses alentours, là où l'artillerie allemande a tiré jusqu'à 10h50 le 11 novembre. Ce qu'il y a de sûr, c'est que des Français se sont faits tuer le jour de l'armistice par des soldats allemands qui refusaient la défaite. Petit rappel, officiellement le premier soldat français mort à la guerre est le caporal Jules André Peugeot le 2 août 1914 à Joncherey dans le Territoire de Belfort.

(4) En 1923, Guillaume III de Prusse revêt de nouveau son uniforme de hussard à tête de mort. Dans les années 1930, il se rapproche des nazis. Il participe à la fusion des corps-francs et des anciens combattants de la Grande Guerre avec le Parti national-socialiste. Il rencontre Adolf Hitler et les sommités du parti nazi en se parant du brassard à croix gammée. En 1934, il s'installe dans un de ses châteaux en Allemagne, entretenant de multiples liaisons avec des femmes aux mœurs peu farouches. C'est son épouse, Cécilie de Mecklembourg-Schwerin, mère de leurs 6 enfants, qui a refusé de le suivre dans son exil hollandais, qui subvient à ses besoins. En 1945, il se présente au général français Jean de Lattre de Tassigny pour lui demander une rente afin qu'il puisse garder son niveau de confort pour lui et sa maîtresse. Il demande aussi au général d'agir pour que ses propriétés situées en Prusse Orientale ne soient pas détruites par les Soviétiques. Lui faisant remarquer qu'au même moment, l'Allemagne est en ruines, que des millions d'Allemands souffrent de la faim ou meurent au combat, de Lattre lui répond "Vous êtes lamentable, Monsieur, lamentable". Il décède à Hechingen le 20 juillet 1951. Il sera enterré au château de Hohenzollern.

(5) Plus tôt, dans la matinée, c'est dans une patrouille à la périphérie de Mons que sera tué George Edwin Ellison, l'histoire officielle le désigne comme le dernier soldat britannique tué au combat de la guerre...

Écossais à Mons le 11 novembre

Quelque part sur le front

A Paris, Britanniques offrant une couronne de fleurs aux morts français

Le 11 novembre dans une ville de Belgique

Scouts fêtant la victoire à Paris

Manifestation de joie chez des soldats alliés le 11 novembre

Le 11 novembre à Paris place de l'Opéra

Étasuniennes fêtant la victoire dans une ville du sud des USA

Opérateurs cinématographiques sur un char